SOFT POWER (III): LE ‘SOFT POWER’ AMERICAIN ‘BRAS CULTUREL’ DU PENTAGONE ET DU STATE DEPARTMENT

LUC MICHEL (ЛЮК МИШЕЛЬ) & EODE/

Luc MICHEL pour EODE/

Flash géopolitique – Geopolitical Daily/

2017 11 18/

LM.GEOPOL - SOFT POWER III usa (2017 11 18) FR 2

« Le soft power est l’art de faire passer la puissance des Etats-Unis sans qu’on s’en rende compte, via la culture, la télé, le cinéma, de manière plus efficace qu’une bombe. C’est comme cela que nous consommons tous à travers la planète les valeurs américaines, véhiculées par Disney – entre autres – ou par la télévision »

– Frédéric Martel (auteur de Mainstream), Le spécialiste du softpower en France et producteur à France Culture.

« Ce terme de soft power possède une connotation particulière : il sous-entend l’expansion, la violence, la contrainte. Ce n’est pas par hasard que cette notion va de pair avec le hard power. Et ce n’est pas par hasard, non plus, que ce terme nous vient des États-Unis »

– Alexandre Orlov, ambassadeur de la Fédération de Russie en France.

Les USA sont les concepteurs de la notion de « soft power », conçu comme un des moyens de la domination impérialiste américaine, le « bras culturel » du Pentagone (ce qu’était déjà depuis longtemps Hollywood) et du State Department. Et son côté obscur la « guerre cultutelle » …

L’INVENTEUR DU ‘SOFT POWER’ AMERICAIN : JOSEPH NYE, THEORICIEN DE L’HEGEMONIE ET DU LEADERSHIP DES USA

L’inventeur de la notion de « soft power », version américaine, est Joseph Nye. Il sert comme adjoint au sous-secrétaire d’État dans l’administration Carter et il occupa le poste de secrétaire adjoint à la Défense sous l’administration Clinton (1994-1995) (donc un membre dirigeant de l’appareil militaro-industriel), « il était considéré par beaucoup de personnes comme le probable conseiller à la sécurité nationale en cas d’élection de John Kerry lors de la campagne présidentielle de 2004 ». Il est reconnu comme « l’un des plus éminents penseurs libéraux de la politique étrangère et est considéré par plusieurs comme l’homologue libéral du politologue conservateur Samuel P. Huntington » (le « choc des civilisations »).

Pour Joseph Nye, « la position hégémonique des États-Unis diminuerait sous l’effet d’une combinaison de facteurs (concurrence commerciale, spatiale, enlisements militaires au Viêt Nam et en Irak…) ». C’est l’annonce des « théories déclinistes » sur l’impérialisme américain (Paul Kennedy et en France Emmanuel Todd et ses suiveurs). « Bien que l’avance américaine amoindrisse la perception de ce déclin, Joseph Nye propose de restituer la puissance américaine dans un contexte d’interdépendance de plus en plus incontournable ». Énonçant « l’impossibilité d’un retrait unilatéral des États-Unis des relations internationales » (comme Trump, prisonniers des généraux et des lobbies qui l’ont fait élire, s’est vu immédiatement imposer un renoncement à ses opportunistes promesses électorales, dès janvier 2017), Joseph Nye prône « le leadership face à l’hégémonie ». Ceci l’amène à développer le concept du « soft power ».

THEORIES DU « SOFT POWER » AMERICAIN : UN CONCEPT ANGLO-SAXON

Le « soft power » (traduisible en français par la « manière douce » ou le « pouvoir de convaincre », opposé à la puissance brutale du « hard power ») est un concept utilisé en relations internationales. « Développé par le professeur américain Joseph Nye, il a été repris depuis une décennie par de nombreux dirigeants politiques ». Colin Powell l’a employé au Forum économique mondial en 2003 « pour décrire la capacité d’un acteur politique — État, firme multinationale, ONG, institution internationale (comme l’ONU ou le FMI), voire réseau de citoyens (comme le mouvement altermondialiste) — d’influencer indirectement le comportement d’un autre acteur ou la définition par cet autre acteur de ses propres intérêts à travers des moyens non coercitifs (structurels, culturels ou idéologiques) ».

Si le concept a été développé aux États-Unis vers 1990, la notion est née au XIXe siècle au Royaume-Uni. C’est, en partie, à travers la culture britannique, sa littérature (Shakespeare, les enquêtes de Sherlock Holmes, Lewis Carroll ou Alice au pays des merveilles) ou, par l’adoption par de nombreux pays, de normes comme les notions de « fair-play » (que l’on doit à Thomas Arnold, un préfet des études du collège de Rugby), que le Royaume-Uni a pu exercer au XIXe siècle et au début du XXe une forte influence. Ne pas oublier que l’impérialisme britannique (auquel à succédé l’américain, les « cousins », entre 1917 et 1943) étai dirigé par des gentlemen utilisant des voyous et des pirates pour une politique mondiale de voyous et de pirates !

LE « SOFT POWER » CONTRE LE DECLIN DES USA ET LES THEORIES « DECLINISTES »

Le concept fut proposé par Joseph Nye en 1990 dans « Bound to Lead » (*), « un ouvrage écrit en réaction aux thèses qui évoquaient le déclin de la puissance américaine » (notamment de Paul Kennedy, dans son ouvrage « Naissance et déclin des grandes puissances : transformations économiques et conflits militaires entre 1500 et 2004 »). Nye affirmait que « la puissance américaine n’était pas en déclin puisque le concept de puissance n’était plus le même et devait être reconsidéré. D’une part, les États-Unis étaient et resteraient longtemps la première puissance militaire, et d’autre part le « rattrapage » économique par l’Europe et le Japon était une conséquence prévisible d’un retour à la normalité après les inégalités dues à la Seconde Guerre mondiale » (à l’époque, les USA, qui avaient gagné la Guerre froide et fait imploser l’URSS et le Bloc de l’Est, voyaient l’ennemi dans la cadre des « guerres commerciales » dans l’UE et le Japon. Et pas dans une Russie pas encore rétablie ou une Chine pas encore émergée).

Mais surtout, Joseph Nye soutient que « désormais les États-Unis disposent d’un avantage comparatif nouveau et amené à jouer un rôle croissant à l’avenir : la capacité de séduire et de persuader les autres États sans avoir à user de leur force ou de la menace ». Pour Joseph Nye, il s’agit « d’une nouvelle forme de pouvoir dans la vie politique internationale contemporaine, qui ne fonctionne pas sur le mode de la coercition (la carotte et le bâton), mais sur celui de la persuasion, c’est-à-dire la capacité de faire en sorte que l’autre veuille la même chose que soi ». Selon Joseph Nye, le « soft power » ou la « puissance de persuasion » reposent sur « des ressources intangibles telles que l’image ou la réputation positive d’un État, son prestige (souvent ses performances économiques ou militaires), ses capacités de communication, le degré d’ouverture de sa société, l’exemplarité de son comportement (de ses politiques intérieures mais aussi de la substance et du style de sa politique étrangère), l’attractivité de sa culture, de ses idées (religieuses, politiques, économiques, philosophiques), son rayonnement scientifique et technologiques ».

LE « SOFT POWER » AU SERVICE DE LA DOMINATION DE L’ACTEUR INTERNATIONAL LE PLUS PUISSANT, LES USA

Le soft power ne correspond pas à « une qualification de la nature du pouvoir exercé dans l’économie mondiale, il décrit un type de ressources particulières parmi d’autres, mais dont le poids est devenu prépondérant. Les ressources de pouvoir dont dispose un acteur lui permettent ensuite d’exercer différents types de pouvoir tout au long d’un continuum ».

Le « pouvoir de commandement », « capacité de changer ce que les autres font, peut s’appuyer sur la coercition ou l’incitation » (par la promesse d’une récompense). Le « pouvoir de cooptation », « capacité de changer ce que les autres veulent, peut s’appuyer sur la séduction ou sur la possibilité de définir la hiérarchie des problèmes politiques du moment de façon à empêcher les autres d’exprimer des points de vue qui paraîtraient irréalistes face aux enjeux du moment ». La place d’un État au sein des institutions internationales lui permettant de contrôler l’ordre du jour de ses débats (et donc de décider de ce qu’il est « légitime » de discuter ou non) et de « figer des rapports de puissance au moment où ils lui sont le plus favorables ».

Alors que la « théorie des régimes »avait été inventée « pour comprendre comment le monde pouvait être stable en l’absence de leader mondial ». Nye affirme que « es États-Unis n’ont en fait jamais cessé d’être l’acteur international le plus puissant » ! Le « soft power compléterait ainsi la puissance traditionnelle de contrainte (hard power) et serait aujourd’hui la forme de puissance ayant le plus d’importance, notamment du fait des bouleversements liés à la mondialisation » (ouverture des frontières, baisse du coût des communications, multiplications des problèmes transnationaux auxquels on ne peut qu’apporter une réponse globale : terrorisme, réchauffement climatique, trafic de drogue, pandémies internationales …).

CARACTERISTIQUES ET ETAT DES LIEUX DU « SOFT POWER » AMERICAIN

  1. Un modèle mondial :

* La culture et le mode de vie américains, l’« American way of life », largement diffusés par le cinéma (Hollywood) et la télévision (séries) sont devenus une référence pour l’essentiel de la population mondiale. Les industries culturelles américaines (symbolisées par Hollywood, Disney, mais aussi Mc Do et Coca Cola) sont fortement exportatrices et dominent l’essentiel des marchés mondiaux avec leurs « blockbusters » à forte rentabilité et leurs habitudes culturelles américaines (la « malbouffe »). Sur la plupart des marchés mondiaux développés, le cinéma américain oscille entre 50 et 80 % de parts de marché.

* Cette puissance de l’image est relayée par la publicité des firmes américaines et l’emploi de l’anglais comme langue véhiculaire. « Les États-Unis exercent ainsi une influence prédominante sur l’imaginaire mondial ». Le modèle américain est largement diffusé dans le monde et les pseudo « valeurs américaines » — ou du moins revendiquées par les États-Unis, comme la liberté de pensée ou d’expression, la propriété privée, la libre entreprise, la recherche du bonheur — sont communément partagées.

* L’aide américaine notez qu’une des « vitrines légales de la CIA » est l’US AID), le plus souvent bilatérale (c’est-à-dire directe, sans passer par les institutions internationales), aux pays les plus pauvres est aussi un élément d’influence. Cette aide est parfois publique, d’origine gouvernementale, mais aussi souvent privée. Bon nombre de milliardaires américains mettent en œuvre des fondations dites « philanthropiques » (le but réel étant l’évasion fiscale et l’influence politique, en liaison avec les dites « vitrines légales de la CIA »), organisations non gouvernementales à but caritatif. La fondation Bill et Melinda Gates, par exemple, fondée en 1994 par le créateur et l’ancien patron de Microsoft — qui a été l’homme le plus riche du monde — , où les réseaux du spéculateur Georges Sorös. Le spéculateur Warren Buffet, autre célèbre multimilliardaire américain, lui « a donné 37 milliards de dollars en 2006. Cette fondation est ainsi devenue la fondation la plus richement dotée de la planète. Ses dépenses d’intervention annuelles sont supérieures à celles de l’Organisation Mondiale de la santé, l’agence spécialisée de l’ONU ! »

  1. Une attraction planétaire :

* Les États-Unis sont le premier pôle d’immigration au monde, avec plus d’un million d’entrées annuelles. Le pays attire des migrants et des étudiants du monde entier, qui viennent y chercher du travail, de meilleures conditions de vie ou d’étude : 22 % des migrants internationaux dans le monde se rendent aux États-Unis. L’arrivée au pouvoir du Régime Trump a lourdement écorné cette attraction !

* Les universités américaines trustent d’ailleurs 17 des 20 premières places du classement mondial des universités (classement de l’université Jiao Tong de Shanghai) : « le monde entier rêve d’aller faire ses études supérieures à Harvard, Stanford ou au MIT ». L’immigration qualifiée est une forte composante de l’immigration totale vers les États-Unis : le « brain drain » (« drainage des cerveaux ») assure un flot constant de jeunes cerveaux formés ou à former dans un pays où, prétend la propagande US, « l’économie de la connaissance » prend tout son sens.

III. Un soft power en déclin ?

  • Le « soft power américain » semble cependant marquer le pas. Il existe des contre-modèles, pas tous universels, mais qui remettent en question l’hégémonie culturelle américaine : le « Cool Japan », l’ « exception culturelle française », le nouveau « ésoft power russe » ou, sur un plan plus politique, l’islamisme ou le « socialisme de marché » chinois. Il existe donc, dans le monde, de la place pour des modèles qui ne sont pas américains. La mondialisation qui se veut « une américanisation sans limite », et la « guerre culturelle » ont généré des anti-coprs mondiaux.
  • « L’élection du président Obama aurait pu marquer le retour du soft power, après le hard power dont avait fait preuve l’administration précédente » (mandats Bush II). Mais l’image des États-Unis dans le monde a souffert de la brutalité et de l’immoralité de certains gestes, de certaines décisions : la prison de Guantanamo et sa législation spéciale, les traitements dégradants infligés à des détenus dans la prison irakienne d’Abou Ghraib, les expéditions guerrière d’Obama et d’Hillary Clinton ‘Libye, Syrie, Afrique) qui valenbt celles du régime Bush II, etc.

DE LA « GUERRE CULTURELLE » AU « SOFT POWER » : HOLLYWOOD AU SERVICE DE L’IMPERIALISME AMERICAIN

Le cinéma constitue ainsi un exemple majeur d’outil du « soft power » :

« Par exemple, le long-métrage ‘Zero Dark Thirty’ de l’américaine Kathryn Bigelow — la première réalisatrice à remporter l’Oscar du meilleur film à Hollywood pour Démineurs, en 2010 —, raconte la traque, et la mort, du chef d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden, entamée par les Américains il y a dix ans, après les attentats du 11 septembre 2001. Alors que la sortie du film est prévue le 12 octobre 2012, soit, à temps pour participer aux Oscars, mais également trois semaines avant l’élection présidentielle qui verra Barack Obama dans la course pour un second mandat, les milieux conservateurs américains polémiquent sur le timing d’un film qui se termine sur la décision présidentielle d’un raid victorieux des Navy Seals et la mort du terroriste ».

Le Pentagone a une longue tradition de collaboration avec les cinéastes d’Hollywood, « par exemple pour le film ‘Top Gun’ où l’armée vantait les forces de ses troupes à la sortie des projections ». Les militaires ont l’habitude de fournir des conseils ou du matériel de guerre. « Par exemple pour le tournage de ‘La Chute du faucon noir’ (Black Hawk Down, 2001) de Ridley Scott, montrant un revers des soldats américains en Somalie, l’armée a même prêté ses hélicoptères et ses pilotes. Cependant parfois, l’armée a refusé d’apporter son aide. Ce fut le cas d’ ‘Apocalypse Now’ de Francis Ford Coppola, qui a alors dû trouver d’autres soutiens financiers et politiques dans d’autres pays ».

(*) Cfr. J. Nye, Bound to Lead: The Changing Nature of American Power, New York, Basic Books, 1990.

Photo :

USA 2016 : Joseph Nye, inventeur du concept de softpower à une conférence de Chatham House, London (une des « vitrines légales du Mi5 et du Mi6 », la version britannique des « vitrines légales de la CIA »).

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